Dans les rêves de Miyazaki, les grands symboles du sommeil se rejouent film après film : le vol au-dessus des nuages, l’eau comme frontière entre deux mondes, les métamorphoses et les esprits invisibles. Ces motifs, hérités du folklore japonais et de l’expérience personnelle du cinéaste, rejoignent les figures classiques de l’imaginaire onirique étudiées par la psychologie du rêve.
Pourquoi l’univers de miyazaki ressemble-t-il autant à un rêve ?
Hayao Miyazaki, réalisateur japonais dont le parcours est retracé sur Wikipédia, a souvent expliqué construire ses scénarios comme des rêves éveillés plutôt que comme des récits parfaitement logiques. Il commence par dessiner des images isolées, sans toujours savoir comment elles s’articuleront entre elles, un procédé qui rappelle la manière dont surgissent les images spontanées durant notre sommeil.
Cette absence de logique causale stricte est justement l’une des caractéristiques reconnues des rêves : les lieux se transforment sans transition, les personnages changent de visage, le temps se dilate ou se contracte. Chez Miyazaki, cette grammaire irrationnelle devient un langage narratif à part entière, ce qui explique pourquoi tant de spectateurs ont l’impression, en sortant de la salle, d’avoir traversé un songe plus qu’un film classique.
Quels sont les motifs oniriques qui reviennent dans ses films ?
Certains symboles apparaissent de façon si récurrente dans la filmographie de Miyazaki qu’ils forment un véritable vocabulaire onirique personnel. Trois familles de motifs reviennent particulièrement souvent.
Le vol et la sensation de légèreté
Le balai de Kiki dans Kiki la petite sorcière, le dos du dragon Haku dans Le voyage de Chihiro, le planeur de Nausicaä ou encore la maison ambulante qui s’élève dans les airs : le vol traverse toute l’œuvre de Miyazaki. Ce motif rejoint l’un des rêves les plus universellement rapportés, celui de voler sans effort, associé à un sentiment de liberté ou, au contraire, à une tentative d’échapper à une menace.
L’eau, les bains et le passage entre deux mondes
La maison de bains de Le voyage de Chihiro, le train qui roule sur une mer immobile, ou encore le monde sous-marin de Ponyo sur la falaise font de l’eau une frontière entre le réel et l’invisible. Dans la tradition du sommeil paradoxal, phase durant laquelle se déroulent la majorité des rêves narratifs, l’eau est également l’un des symboles les plus fréquemment associés à l’inconscient et au passage d’un état à un autre.
Les esprits, les yôkai et les métamorphoses
Sans-Visage, les suies noires, les parents transformés en cochons dès les premières minutes de Le voyage de Chihiro, ou encore Sophie vieillie d’un coup dans Le château ambulant : la métamorphose est omniprésente. Ces transformations brutales, typiques du langage des rêves, traduisent souvent une angoisse identitaire ou un passage initiatique que le rêveur doit traverser pour se retrouver.
Le voyage de chihiro, un rêve initiatique à décrypter
Peu de films illustrent aussi bien la structure d’un rêve que Le voyage de Chihiro. L’héroïne pénètre dans le monde des esprits par un tunnel sombre, un passage obligé que l’on retrouve dans de nombreux récits oniriques marquant l’entrée dans un univers parallèle, un peu comme les univers fictifs bâtis autour du sommeil que l’on retrouve dans le manoir des rêves perdus tome 2.
Une fois de l’autre côté, Chihiro doit affronter la perte de son nom, symbole classique de dissolution de l’identité dans le rêve, et découvre qu’il est impossible de revenir en arrière par le même chemin. Cette irréversibilité, propre à la logique onirique, est l’un des ressorts dramatiques les plus puissants du film.
Que nous apprend miyazaki sur nos propres rêves ?
Observer la manière dont Miyazaki construit ses histoires peut aider à mieux comprendre ses propres nuits. Les scientifiques qui étudient le sommeil, comme le rappelle le dossier de l’Inserm, confirment que les rêves recyclent des émotions et des images vécues dans la journée pour les réorganiser sous une forme symbolique. C’est exactement ce que fait Miyazaki avec ses souvenirs d’enfance, ses lectures et le folklore japonais.
Tenir un carnet de rêves permet souvent de repérer ses propres motifs récurrents, un peu comme un vol, une eau ou une transformation reviennent chez Miyazaki. Ce travail rejoint la réflexion poétique menée dans notre article sur l’expression elle rêvait d’autres cieux et d’autres matins, qui explore justement comment l’imaginaire onirique nourrit le désir d’ailleurs.
Le royaume des rêves et de la folie, un document sur les coulisses de miyazaki
En 2013, la réalisatrice Mami Sunada a suivi le studio Ghibli pendant plusieurs mois pour un documentaire intitulé Le royaume des rêves et de la folie. On y voit Miyazaki faire la sieste sur son lieu de travail, dessiner en silence puis raconter à voix haute des bribes d’histoires qui lui viennent, selon ses propres mots, « d’on ne sait où ».
Ce document est précieux pour comprendre à quel point le cinéaste puise directement dans son inconscient. Il y confie que certaines scènes lui apparaissent complètes en tête, comme un souvenir de rêve encore intact au réveil, avant même qu’il ne sache comment les relier au reste du scénario.
Comment analyser un rêve inspiré par l’univers ghibli ?
Si un rêve récent vous a rappelé une scène de Miyazaki, quelques repères simples permettent de l’analyser.
- Notez le rêve à chaud, au réveil, avant que les détails ne s’effacent.
- Identifiez le motif dominant : vol, eau, tunnel, métamorphose ou esprit invisible.
- Reliez ce symbole à une émotion ou un événement récent de votre vie éveillée.
- Comparez-le à d’autres interprétations pour affiner le sens, comme le fait notre analyse du rêve de Sam.
Certains préfèrent aussi favoriser un sommeil plus apaisé avant de se coucher, par exemple en suivant notre guide complet pour fabriquer un attrape-rêve, objet traditionnellement associé à la protection des nuits agitées.
Ce que le langage onirique de miyazaki révèle sur nos nuits
Les films de Miyazaki ne racontent pas des rêves au sens littéral, mais ils en empruntent la structure : passages entre les mondes, métamorphoses, vol et eau comme frontières symboliques. En prêtant attention à ces motifs à l’écran, il devient plus facile de repérer les mêmes symboles dans ses propres nuits, et d’aborder l’interprétation des rêves avec un regard plus affûté.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on que les films de miyazaki ressemblent à des rêves ?
Parce que Miyazaki construit ses scénarios à partir d’images isolées, sans logique causale stricte, un procédé proche de la manière dont s’enchaînent les images pendant le sommeil. Les lieux se transforment, le temps se dilate et les personnages changent d’apparence, comme dans un songe.
Quel film de miyazaki est le plus proche d’un rêve à décrypter ?
Le voyage de Chihiro est souvent cité comme l’exemple le plus abouti : passage par un tunnel, perte du nom, impossibilité de revenir en arrière. Ces éléments reproduisent fidèlement la structure classique d’un rêve initiatique.
Le vol dans les films de miyazaki a-t-il une signification particulière en rêve ?
Voler en rêve est l’un des motifs les plus universellement rapportés. Il est généralement associé à un sentiment de liberté ou, à l’inverse, à une tentative d’échapper à une situation vécue comme oppressante dans la vie éveillée.
Qu’est-ce que le documentaire le royaume des rêves et de la folie ?
C’est un film de 2013 réalisé par Mami Sunada, qui suit le studio Ghibli pendant la production de deux longs métrages. Il montre notamment Miyazaki puiser directement dans son inconscient pour construire ses histoires.
Comment noter un rêve inspiré par l’univers ghibli pour mieux le comprendre ?
Il est conseillé de l’écrire dès le réveil, d’identifier le symbole dominant (vol, eau, métamorphose, passage), puis de le relier à une émotion récente. Comparer ce rêve à d’autres interprétations aide ensuite à affiner sa signification.